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07 — L'art paleochretien et les debuts de Byzance

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Partie II : L'art du Moyen Âge.

Frise chronologique

Carte de synthèse

1. Se repérer

L'art paléochrétien et les débuts de Byzance

Au IIIe siècle, dans la clandestinité des catacombes, naît le premier art chrétien : un art paléochrétien qui devient religion tolérée sous Constantin, puis religion officielle de l'Empire sous Théodose. Après la chute de Rome en 476, c'est dans l'Empire d'Orient, fondé par Constantin autour de Constantinople, que cet art se prolonge et se transforme peu à peu en art byzantin. Cette section suit sa naissance, des catacombes romaines jusqu'au premier âge d'or de Byzance sous l'empereur Justinien, dont l'architecte Anthemius de Tralles bâtit à Constantinople la coupole la plus audacieuse de l'Antiquité tardive. Le parcours passe aussi par Ravenne, où l'impératrice régente Galla Placidia fait édifier, dès le Ve siècle, l'un des tout premiers grands décors de mosaïque chrétienne d'Occident.

Dates repères

Noms repères Constantin — Théodose — Galla Placidia — Justinien — Anthemius de Tralles

Mots repères basilique — abside — chrisme — mosaïque — coupole

Nef de la basilique Sant'Apollinare-le-Neuf, Ravenne, VIe siècle. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur José Luiz). Observez les trois registres superposés : rangée de saints sur fond d'or, personnages debout entre les fenêtres, colonnade en dessous. Ce décor entièrement recouvert de mosaïque, typique de Ravenne, annonce l'art byzantin dont cette section retrace la naissance.


2. Comprendre le contexte

Aux IIe et IIIe siècles, le christianisme se répand clandestinement dans les milieux populaires de l'Empire romain, malgré des persécutions répétées : les chrétiens refusent de rendre un culte à l'empereur, ce qui les rend suspects aux yeux du pouvoir. C'est Constantin qui met fin à cette clandestinité : converti lui-même, il proclame en 313 l'édit de Milan, qui autorise le culte chrétien dans tout l'Empire. Son successeur Théodose achève ce mouvement en 380 en faisant du christianisme la religion officielle de l'État. L'art chrétien peut alors sortir des catacombes et s'exprimer au grand jour, en reprenant largement le vocabulaire visuel romain.

En 330, Constantin choisit, pour asseoir sa nouvelle capitale, le site de Byzance, rebaptisée Constantinople : une position clé entre l'Europe et l'Asie, à la croisée des routes commerciales de la Méditerranée. Quand Rome tombe sous les coups des peuples germaniques en 476, l'Empire d'Occident disparaît, mais l'Empire d'Orient, centré sur cette nouvelle capitale, perdure près d'un millénaire : c'est la naissance de ce que l'on appellera l'Empire byzantin.

Avant même cette rupture politique, Ravenne, résidence de l'empereur d'Occident depuis 402, connaît un rayonnement artistique propre : l'impératrice régente Galla Placidia, fille de Théodose, y fait édifier, au milieu du Ve siècle, un mausolée entièrement recouvert de mosaïques (l'un des tout premiers grands décors chrétiens en mosaïque conservés en Occident), signe avant-coureur de l'éclat futur de l'art byzantin.

C'est finalement sous le règne de l'empereur Justinien (527-565) que l'art paléochrétien devient pleinement l'art byzantin. Justinien réforme en profondeur le droit romain, impose une doctrine religieuse unique dans tout l'Empire et repousse un temps les frontières jusqu'en Italie et en Afrique du Nord. Pour couronner sa capitale, il charge l'architecte Anthemius de Tralles, avec l'aide d'Isidore de Milet¹, de bâtir en un temps record (532-537) la cathédrale Sainte-Sophie, dont la vaste coupole domine toujours Constantinople aujourd'hui.


3. Reconnaître le style

Supports et techniques

Après ce cadre historique, voyons comment cet art prend forme concrètement. Le tout premier art chrétien se développe sur des supports modestes : des fresques peintes sur les parois de simples maisons converties en lieux de culte (domus-ecclesiae) ou des catacombes, cimetières souterrains creusés à Rome. Les chrétiens font aussi sculpter des sarcophages en marbre, ornés de reliefs plus ou moins raffinés. Une fois l'art chrétien officialisé, l'architecture change d'échelle : les Byzantins bâtissent en brique, un matériau léger laissé visible à l'extérieur mais recouvert à l'intérieur de marbre ou de mosaïque, un décor fait de petits cubes de verre, de pierre ou d'or, les tessères, assemblés pour former une image.

Sarcophage d'Adelfia, marbre, vers 325-350, musée archéologique régional de Syracuse. Source : Wikimedia Commons (licence CC0, auteur Fabrizio Garrisi). Observez les trois registres de personnages sculptés en relief autour du monogramme central : ce décor traduit en sculpture le même vocabulaire symbolique que la peinture des catacombes.

Sujets et fonctions

Ces nouveaux supports portent des sujets tout aussi nouveaux. Sur les parois des catacombes et sur les sarcophages, les artistes paléochrétiens traduisent en images chrétiennes le vocabulaire visuel romain : Orphée devient le bon pasteur, symbole du Christ protecteur, et l'orante, figure aux bras levés, incarne l'âme en prière. Un monogramme résume à lui seul cette foi nouvelle : le chrisme, formé des deux premières lettres grecques du mot Christ, khi et rhô, superposées. On retrouve ce signe gravé sur les reliquaires et les sarcophages.

Fragment de reliquaire décoré du chrisme dans une couronne de palme, Ve siècle, musée de Carthage. Observez le monogramme central, formé des lettres grecques khi et rhô superposées : ce signe abrégé désigne le Christ sans avoir besoin de le représenter.

Composition et espace

Cette économie de moyens se retrouve dans l'organisation même des édifices. Les premiers lieux de culte chrétien adoptent le plan de la basilique romaine (une salle rectangulaire à plusieurs nefs, terminée par une abside semi-circulaire), mais l'adaptent à de nouveaux besoins liturgiques : l'autel prend place dans l'abside, tournée vers l'orient, et l'espace s'organise pour accueillir une assemblée nombreuse plutôt qu'un usage civil ou judiciaire comme dans la basilique antique.

Couleur, lumière et matière

Cette organisation architecturale trouve son plein éclat dans la couleur. Les premières mosaïques chrétiennes d'Occident, comme celles du mausolée de Galla Placidia à Ravenne, jouent sur des fonds bleu nuit et des couleurs encore naturalistes, héritées de la peinture antique : le Bon Pasteur y est assis parmi ses brebis, sous un ciel étoilé, plutôt que sur un fond d'or. Ce n'est qu'un siècle plus tard, sous Justinien, que le fond d'or s'imposera dans tout l'art byzantin, comme le montrera la section suivante.

Mosaïque du Bon Pasteur, mausolée de Galla Placidia, Ravenne, Ve siècle. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY 2.0, auteur Prof. Mortel). Observez le fond bleu sombre semé d'étoiles et le traitement encore naturaliste du paysage et des brebis : un siècle avant l'art de Justinien, l'or n'est pas encore la règle.

Figures et formes

Ce naturalisme encore antique se retrouve aussi dans le traitement des figures et des reliefs. La sculpture antique en ronde-bosse périclite progressivement : dès le VIe siècle, l'art byzantin lui préfère un relief plat et ornemental, souvent réduit à des motifs géométriques ou végétaux, taillé pour accrocher la lumière plutôt que pour restituer un volume. Les figures humaines, elles, restent pour l'instant proches des canons antiques hérités de Rome ; leur raidissement progressif vers un style plus solennel n'aboutira pleinement qu'avec l'art byzantin mûr.

Architecture

Cette évolution trouve son aboutissement dans l'architecture religieuse elle-même. L'innovation la plus originale de cette première architecture byzantine consiste à greffer une coupole sur le plan basilical hérité de Rome. Anthemius de Tralles, avec l'aide d'Isidore de Milet, relève ce défi à Constantinople : entre 532 et 537, il bâtit pour Justinien la cathédrale Sainte-Sophie, où une vaste coupole centrale, portée par des piliers invisibles depuis le sol, semble flotter au-dessus de la nef, comme suspendue à la lumière qui entre par la couronne de fenêtres percée à sa base.

Intérieur de Sainte-Sophie, Istanbul, coupole construite par Anthemius de Tralles et Isidore de Milet, 532-537. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 3.0, auteur Matthew Badger). Observez la couronne de petites fenêtres à la base de la coupole : la lumière qui y pénètre donne l'illusion que la coupole ne repose sur rien.


Personnages et idées clés

Constantin (empereur, 306-337) met fin aux persécutions par l'édit de Milan (313) et fonde Constantinople en 330, donnant à l'art chrétien sa liberté et une future capitale. Théodose (empereur, 379-395) fait du christianisme la religion officielle de l'Empire par son édit de 380. Galla Placidia (impératrice régente, morte en 450), fille de Théodose, fait édifier à Ravenne, dès le Ve siècle, l'un des premiers grands décors chrétiens en mosaïque d'Occident. Justinien (empereur, 527-565) fait de Byzance le premier âge d'or de l'art chrétien : sous son règne, l'art paléochrétien devient pleinement byzantin. Anthemius de Tralles (mathématicien et architecte, mort vers 534), avec Isidore de Milet, construit pour Justinien la cathédrale Sainte-Sophie de Constantinople (532-537).


À retenir


Œuvres repères

Le mausolée de Galla Placidia, Ravenne (vers 425-450)

Commandé par l'impératrice régente Galla Placidia pour servir, selon la tradition, de chapelle funéraire impériale, ce petit édifice en forme de croix latine est entièrement tapissé de mosaïques. Dans une des lunettes, le Bon Pasteur, jeune et imberbe comme un dieu antique, est assis au milieu de ses brebis sous un ciel bleu nuit semé d'étoiles : la scène reste proche du naturalisme antique, sans le fond d'or qui deviendra plus tard la signature de l'art byzantin. Ce monument illustre le moment charnière où l'art chrétien d'Occident, encore fidèle aux formes antiques, prépare déjà l'éclat futur de Byzance.

Mosaïque du Bon Pasteur, mausolée de Galla Placidia, Ravenne, Ve siècle. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur José Luiz). Observez la posture détendue et le visage juvénile du Bon Pasteur, proche des figures antiques d'Orphée : la charge symbolique chrétienne s'exprime encore dans des formes héritées de l'art romain.

Sainte-Sophie, Constantinople (532-537)

Bâtie en cinq ans seulement sur ordre de Justinien après la destruction de l'ancienne église lors d'une émeute, Sainte-Sophie reste l'un des plus grands défis architecturaux de l'Antiquité tardive. Anthemius de Tralles conçoit une coupole immense, portée sur des pendentifs qui permettent de poser un cercle sur un carré, prouesse technique inédite. Une couronne de fenêtres percée à la base de la coupole laisse entrer une lumière rasante qui, selon les témoins de l'époque, donnait l'impression que la coupole flottait, suspendue au ciel par une chaîne d'or. Sainte-Sophie fixe, pour des siècles, le modèle de l'église à coupole dans tout le monde byzantin.

Intérieur de Sainte-Sophie, Istanbul, VIe siècle. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 3.0, auteur Ronan Reinart). Observez la juxtaposition de la grande coupole centrale et des demi-coupoles qui la prolongent : cette solution permet de couvrir un espace exceptionnellement vaste sans piliers intermédiaires au centre de l'édifice.


Questions de lecture

  1. En quoi le mausolée de Galla Placidia montre-t-il que l'art chrétien du Ve siècle reste encore proche de l'art antique ?
  2. Quelle prouesse technique Anthemius de Tralles réalise-t-il pour construire la coupole de Sainte-Sophie ?

Notes

  1. Isidore de Milet : mathématicien et architecte byzantin, co-auteur avec Anthemius de Tralles du projet de Sainte-Sophie (532-537).