Partie I : Les arts de l'Antiquité.
Frise chronologique

Carte de synthèse

1. Se repérer
L'architecture monumentale et la fin de l'art romain
Après l'apogée territoriale de Trajan (voir section précédente), les empereurs romains rivalisent d'ambition architecturale pour affirmer leur puissance à Rome même. Les trois empereurs de la dynastie flavienne, Vespasien, Titus et Domitien, élèvent ainsi entre 70 et 81 le plus grand amphithéâtre jamais construit, le Colisée, tandis qu'Hadrien fait reconstruire, quelques décennies plus tard, le temple à coupole le plus audacieux de l'Antiquité, le Panthéon. Cette section suit cette architecture monumentale jusqu'à son terme : la crise du IIIe siècle, puis le règne de Constantin, qui réunifie l'Empire, fonde Constantinople et, par l'édit de Milan en 313, reconnaît le christianisme. Cette décision marque la fin de l'art romain païen tel que ce chapitre l'a décrit.
Dates repères
- 70-81 : construction du Colisée par les Flaviens (Vespasien, Titus, Domitien)
- 79 : éruption du Vésuve, destruction de Pompéi
- 118-128 : reconstruction du Panthéon par Hadrien
- 284-305 : règne de Dioclétien, division de l'Empire en deux
- 313 : édit de Milan, Constantin reconnaît le christianisme
Noms repères Vespasien — Titus — Domitien — Hadrien — Constantin
Mots repères amphithéâtre — coupole — oculus — arc de triomphe — mosaïque

Le Colisée, amphithéâtre Flavien, Rome, vers 70-81. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 2.5, auteur Diliff).
2. Comprendre le contexte
Après la mort de Néron en 68, une nouvelle dynastie accède au pouvoir : les Flaviens, issus de la bourgeoisie plutôt que de l'aristocratie julio-claudienne. Vespasien, le premier d'entre eux, choisit de marquer son règne par un chantier spectaculaire ouvert au plus grand nombre : en 70, il commence la construction d'un amphithéâtre gigantesque à l'emplacement d'un lac artificiel que Néron avait fait aménager pour son seul plaisir. Son fils Titus inaugure le bâtiment en 80, et son autre fils Domitien en achève les travaux à partir de 81. C'est bien plus tard, vers le VIIIe siècle, que l'édifice prendra le nom de Colisée, en référence à une statue colossale de Néron qui se dressait à proximité.
Sous le règne suivant, un autre empereur bâtisseur marque durablement Rome : Hadrien, déjà rencontré dans la section précédente pour son rôle de consolidation des frontières (le limes), entreprend entre 118 et 128 la reconstruction du Panthéon, temple dédié à l'ensemble des dieux, détruit par un incendie depuis sa première construction sous Auguste. Cette reconstruction porte la plus grande coupole jamais réalisée dans l'Antiquité.
Après cet âge d'or architectural, l'Empire traverse cependant une crise profonde à partir de la fin du IIe siècle : les invasions se multiplient aux frontières, le pouvoir impérial est déchu au profit de chefs militaires qui se succèdent dans le chaos, et l'économie s'effondre. L'empereur Dioclétien restaure l'autorité impériale à partir de 284 en divisant l'Empire en deux, Orient et Occident, pour mieux le gouverner. Son successeur Constantin réunifie ensuite les deux parties et installe sa nouvelle capitale à l'est, à Byzance, rebaptisée Constantinople. C'est également lui qui, par l'édit de Milan en 313, reconnaît officiellement la religion chrétienne, jusque-là interdite et persécutée. Cette reconnaissance marque, avec la fin du paganisme officiel, la disparition progressive de l'art romain tel que cette section l'a décrit. Un art paléochrétien et byzantin lui succède, qui fera l'objet de la partie suivante de ce manuel.
3. Reconnaître le style
Supports et techniques
Après cette mise en place historique, l'architecture monumentale romaine pousse à son terme le blocage déjà présenté dans la section précédente : les architectes du Colisée emploient des matériaux différenciés selon les besoins structurels : blocage à base de lave pour les fondations, de tuf pour les parties moins sollicitées, de pierre ponce, plus légère, pour les voûtes. Cette maîtrise technique permet de construire, pour la première fois, un immense édifice sur un terrain entièrement plat, sans l'appui d'une colline naturelle comme les théâtres grecs.
Sujets et fonctions
Cette prouesse technique sert un même objectif politique : offrir au plus grand nombre de sujets un spectacle grandiose à la gloire de l'empereur. L'amphithéâtre, invention purement romaine née peu avant notre ère, réunit ainsi deux théâtres accolés en une arène elliptique où se déroulent combats de gladiateurs et jeux du cirque, pouvant accueillir jusqu'à 50 000 spectateurs au Colisée. L'architecture religieuse, elle, poursuit un but différent mais tout aussi grandiose : recevoir les fidèles dans un espace clos qui matérialise l'univers tout entier, comme le Panthéon.
Composition et espace
Cette opposition entre espace ouvert au plus grand nombre et espace clos et sacré se lit dans la composition même des deux monuments. Le Colisée organise son plan elliptique autour de couloirs concentriques permettant à des dizaines de milliers de spectateurs de circuler à chaque niveau. Le Panthéon, à l'inverse, renverse la logique du temple grec, conçu pour être vu depuis l'extérieur : il crée un univers intérieur où les fidèles se rassemblent en s'isolant du monde, une conception de l'espace que reprendront plus tard les édifices chrétiens.

Intérieur du Colisée, Rome, avec le réseau de couloirs de l'hypogée mis au jour sous l'arène. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Charlottev96).
Couleur, lumière et matière
Cette différence de fonction se traduit enfin par un traitement opposé de la lumière. Le Colisée reste un espace à ciel ouvert, protégé du soleil par un immense velum tendu sur des mâts. Le Panthéon, en revanche, ne reçoit la lumière que par une seule ouverture : l'oculus, grand orifice circulaire percé au sommet de la coupole, unique source de clarté qui parcourt l'intérieur du bâtiment au fil de la journée, comme un gigantesque cadran solaire. Par ailleurs, la peinture murale, connue grâce aux fresques de Pompéi ensevelie par l'éruption du Vésuve en 79, organise le mur en panneaux encadrés de motifs décoratifs, tandis que la mosaïque, assemblage de petits fragments de pierre ou de verre colorés, orne aussi bien les sols que les murs des grands édifices.
Figures et formes
Cette diversité de décor accompagne un relief sculpté qui, après l'Ara Pacis (voir section précédente), continue de mettre en scène des événements historiques précis. Sur la colonne que Trajan fait ériger pour commémorer sa campagne contre les Daces, un ruban sculpté continu se déroule en spirale sur toute la hauteur du fût, organisé en registres superposés où chaque scène reste identifiable et datée : un art de propagande directement au service de l'image impériale, dans la continuité du relief historique romain.

Détail du relief en spirale de la colonne Trajane, Rome, scènes de la campagne militaire contre les Daces. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY 2.0, auteur Larry).
Architecture et sculpture
Cette même logique de propagande culmine dans un dernier type de monument, purement décoratif : l'arc de triomphe, construction sans autre fonction que de glorifier l'empereur victorieux, une ou trois arches supportant un attique sur lequel se dresse sa statue. Reproduit dans toute la ville et dans les provinces, ce répertoire (amphithéâtre, temple à coupole, colonne commémorative, arc de triomphe) compose, avec le Colisée et le Panthéon, l'image monumentale que Rome veut laisser à la postérité, avant que Constantin, en fondant Constantinople et en reconnaissant le christianisme, n'ouvre une tout autre page de l'histoire de l'art.

Le Panthéon, Rome, reconstruit par Hadrien (118-128), porche à colonnes corinthiennes et coupole. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Nicholas Hartmann).
Personnages et idées clés
Vespasien (9-79), premier empereur flavien, commence en 70 la construction du Colisée sur l'emplacement du parc de Néron. Titus (39-81), son fils, inaugure l'édifice en 80 par des jeux fastueux. Domitien (51-96), second fils de Vespasien, achève les travaux du Colisée à partir de 81, complétant l'œuvre de son père et de son frère. Hadrien (76-138), déjà rencontré dans la section précédente pour le limes, fait reconstruire entre 118 et 128 le Panthéon, dont il porte la coupole à un diamètre inégalé dans l'Antiquité. Constantin (vers 272-337) réunifie l'Empire après la crise du IIIe siècle, fonde Constantinople et reconnaît le christianisme par l'édit de Milan en 313, événement qui marque la fin de l'art romain païen.
À retenir
- Amphithéâtre : invention romaine formée de deux théâtres accolés en une arène elliptique, destinée aux jeux du cirque et aux combats de gladiateurs.
- Coupole : voûte hémisphérique couvrant un espace circulaire, portée à son plus grand diamètre antique par le Panthéon d'Hadrien.
- Oculus : ouverture circulaire percée au sommet d'une coupole, unique source de lumière du Panthéon.
- Arc de triomphe : construction monumentale sans fonction pratique, destinée uniquement à glorifier l'empereur victorieux.
- Mosaïque : assemblage de petits fragments de pierre ou de verre colorés, utilisé pour décorer sols et murs.
- L'édit de Milan (313), sous Constantin, reconnaît le christianisme et marque la fin de l'art romain païen développé dans cette section.
Œuvres repères
L'amphithéâtre Flavien : le Colisée (vers 70-81)
Commencé par Vespasien en 70 et achevé par Domitien en 81, cet amphithéâtre elliptique pouvait accueillir 50 000 spectateurs pour des combats de gladiateurs. Observez la façade à quatre niveaux : trois rangées d'arcades superposées, ornées de demi-colonnes doriques, ioniques puis corinthiennes, purement décoratives, surmontées d'un attique percé de fenêtres. Cette superposition des trois ordres grecs, sans aucune fonction porteuse, deviendra une référence pour les architectes de la Renaissance. Bâti sur un terrain plat, sans appui sur une colline comme les théâtres grecs, le Colisée illustre la maîtrise technique du blocage romain, ainsi que la continuité d'un chantier porté par trois empereurs successifs d'une même famille.
Le Panthéon d'Hadrien (118-128)
Reconstruit par Hadrien entre 118 et 128, le Panthéon porte la plus grande coupole de l'Antiquité, avec un diamètre de 43,30 m. Observez l'oculus au sommet, unique source de lumière : le rayon qui en descend parcourt l'intérieur du bâtiment au fil de la journée, comme un cadran solaire. Contrairement au temple grec, conçu pour être vu de l'extérieur, le Panthéon crée un univers intérieur clos où les fidèles s'isolent du monde : une conception de l'espace que reprendront plus tard les édifices chrétiens.

Intérieur de la coupole à caissons du Panthéon, Rome, avec l'oculus central. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Livioandronico2013).
Les fresques de la Maison des Vettii, Pompéi (Ier siècle)
Ensevelie par l'éruption du Vésuve en 79, la Maison des Vettii conserve intact l'un des plus beaux décors peints de Pompéi. Observez l'organisation du mur en grands panneaux de couleur (ici un fond ocre-jaune profond) encadrés de motifs architecturaux peints en trompe-l'œil (fausses colonnes, frontons, niches) au centre desquels se logent de petits tableaux à sujet mythologique. Cette mise en scène du mur comme une architecture fictive, plutôt que comme une simple surface décorée, illustre la virtuosité de la peinture romaine dans l'illusion de la profondeur, un art par ailleurs perdu pour l'essentiel et connu presque uniquement grâce à l'ensevelissement accidentel de Pompéi.

Fresques de la Maison des Vettii, Pompéi, panneaux ocre-jaune encadrés d'architectures peintes en trompe-l'œil. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Yair Haklai).
Questions de lecture
- En quoi le Colisée et le Panthéon illustrent-ils deux fonctions opposées de l'architecture monumentale romaine, l'un ouvert au plus grand nombre, l'autre clos et sacré ?
- Pourquoi l'édit de Milan de 313, sous Constantin, marque-t-il la fin de l'art romain tel que ce chapitre l'a décrit ?